Le développement durable conduit à replacer l'agriculture au sein des espaces ruraux où les agriculteurs sont devenus minoritaires, à raisonner le temps long pour envisager les conséquences à long terme d'un processus de production, à raisonner à plusieurs échelles simultanément, à analyser et gérer des risques.
Dans un territoire donné, le développement durable est lié à la participation de tous les acteurs sociaux et économiques. L'agriculture y occupe une place privilégiée. La contribution de l'agriculture au développement durable renvoie à deux grandes questions : celle de la sécurité (sécurité alimentaire et sécurité des aliments) et celle de la préservation et de la gestion des ressources naturelles. Elle est liée à la reproduction d'un système complexe qui dépend des rapports que l'exploitation entretient avec son environnement, au sens le plus large du terme :
- Le rapport économique renvoie au marché et à l'insertion de l'activité productive des exploitations dans des filières amont et aval.
- Le rapport social renvoie à l'insertion des agriculteurs et de leur famille dans les réseaux de relations avec les autres agriculteurs et acteurs sociaux. Le lien entre générations en est une dimension particulière qui concerne la transmission des exploitations et l'emploi.
- Le rapport à l'écologie et à l'environnement renvoie aux rapports entre l'activité agricole et les ressources et milieux naturels, avec pour enjeu principal le renouvellement des ressources naturelles sur le long terme.
Appréhender le développement durable conduit à ne plus évaluer les exploitations agricoles à partir des seules performances technico-économiques, mais à réviser la façon d'évaluer les systèmes d'exploitation en élaborant des indicateurs et des référentiels correspondants. Cette démarche sur l'exploitation agricole doit être étendue aux agricultures locales, ce qui conduit à examiner l'organisation des filières, la maîtrise de la qualité des produits mis en marché, la diversité des systèmes de production en relation avec les notions d'occupation du territoire, de valorisation des ressources et de paysages produits. La démarche doit enfin s'étendre aux modèles de développement, terme qui recouvre l'ensemble des grands choix techniques et économiques qui déterminent l'évolution du secteur agricole.
Conséquences pour la recherche
A l'occasion de la préparation du sommet de Johannesburg, les organismes publics de recherche qui constituent l'outil essentiel d'impulsion du changement technique dans le secteur se sont largement mobilisés sur la portée du concept de développement durable, notamment pour leur pratique et leur fonctionnement. Il en ressort une réflexion de fond qu'il faut maintenant traduire en actes : les deux modèles de recherche en usage (le laboratoire et le terrain) doivent être couplés avec un modèle nouveau, celui de la recherche intervention.
Ce dernier présente la caractéristique
- d'impliquer impérativement des non chercheurs, acteurs du territoire concerné par l'intervention ;
- d'élaborer les questions de recherche en tenant compte des objectifs définis par les partenaires et de l'état des savoirs et des pratiques à différentes échelles.
C'est à cette condition que les organismes de recherche pourront s'inscrire dans la démarche de programmation concertée avec les acteurs de la formation et du développement.
Le modèle de la recherche intervention induit des exigences nouvelles en termes de modalités de travail (l'engagement du chercheur avec les autres partenaires) et de critères de performance permettant d'évaluer les résultats de la recherche (les connaissances sont produites dans l'action, en interaction entre le chercheur et ses partenaires).
Conséquence pour le développement agricole
Le nouveau dispositif de développement agricole doit intégrer les nouveaux enjeux liés au développent durable, ce qui implique :
- de développer les démarches inter filières pour appréhender les systèmes de production au sein des territoires ;
- d'orienter les protocoles des stations expérimentales afin de produire les indicateurs de développement durable en conséquence ;
- d'assurer la cohérence des actions de conseil individuel et collectif avec les objectifs poursuivis, en organisant notamment les interventions en fonction des référentiels en train de se construire ;
- d'adapter les missions des conseillers des chambres d'agriculture et des ingénieurs des instituts techniques en conséquence.

